Jean-Paul van Lith est comme beaucoup d'artistes. Il est fasciné par les sciences. Juste retour des choses, son métier de créateur consiste à toujours s'aventurer là où personne n'est allé, son métier qui l'oblige à marcher seul dans la forêt hostile et obscure des idées reçues, sa vie enfin au cours de laquelle il connut mille succès payés au prix d'une solitude sans cesse recommencée, sa vie d'artiste enfin exigea un jour de lui qu'il s'appuie sur un môle sécurisant.
Ce fut celui de la connaissance, une connaissance qui ne souffre aucune discussion, une science irréfutable, immuable, une science exacte, une science en un mot tranquillisante et reposante.
Ayant toute sa vie défendu des certitudes indéfendables et l'action provoquant toujours la réaction, il eut soudain le désir d'acquérir et de collectionner des idées que d'autres avant lui avaient eu besoin de défendre et que le temps avait arrêtées, figées, cristallisées puis transformées en vérités.
En même temps qu'il exerçait son métier d'artiste, il se mit à lire, à copier, à accumuler livres et publications en toutes langues, de toutes origines et de toutes époques.
Les livres sont faits de mots. En fixer les limites, en expliquer le contenu fut en quelque sorte pour lui le moyen de faire connaître ces millénaires d'expérience sur lesquels il arrima progressivement sa vie, pour trouver enfin le juste équilibre du quotidien.
Rien n'est plus divertissant que d'écouter un artiste parler de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, des planètes, des atomes, des molécules, des cations, des particules et des électrons. Il aboutira toujours à la pollution, à la bombe ato mique et se consternera de la vanité humaine ainsi que de l'incohérence des gouvernements. Ses yeux s'agrandiront à la simple évocation des trous dans la couche d'ozone, de l'effet de serre qui desséchera la terre, de l'eau qui se volatilisera, des famines et des inévitables guerres qui en seront la conséquence inéluctable.
Justement Jean-Paul van Lith ne ressemble pas à ces bavards. Ses origines flamandes en sont probablement la cause.
Son livre est comme un trésor que l'on découvre progressivement. On creuse, on trouve une pièce d'or, on creuse encore on en trouve deux, on persiste en voilà dix, plus on creuse, plus on en trouve ; on va de surprise en surprise. On le commence, on ne le lâche plus.
La céramique est une science fugitive, aléatoire, surprenante, déconcertante. Mais c'est une science quand même. Elle est comme la science humaine, on n'en connaît pas encore bien les lois. On ne les connaîtra peut-être jamais.
Tout au long des quelques 2700 entrées de son dictionnaire, Jean-Paul van Lith tente de permettre à ses lecteurs d'échapper à cette déconcertante fatalité propre à la céramique qu'est la non reproductibilité.
Mais au fait, l'ennui ne naquit-il pas un jour de cette tranquillité si convoitée ? C'est peut-être pour cette raison que la céramique est le métier le plus fascinant et le plus plaisant qui soit.
Jean-Paul van Lith a pris un immense plaisir à l'exercer pendant plus de trente années. Il a eu le même à rédiger ce livre.
À nous de prendre plaisir à le lire et à l'utiliser.
Antoine d'Albis
Chimiste en Chef
Manufacture nationale de la Céramique, Sèvres